Le choix de vivre ou de subir sa vie.

Un jour, quelqu’un m’a dit qu’on avait toujours le choix, le choix de vivre ou de subir sa vie. Il m’a fallu plusieurs mois pour comprendre le sens de cette phrase car j’avoue ne pas toujours avoir vu la vie du bon côté et lui avoir porter un regard négatif. Il faut remonter à quelques années pour comprendre pourquoi et comment j’en suis arrivée ici où je suis maintenant.  A l’époque où certains apprenaient les multiplications à virgule, moi je prenais conscience de la méchanceté des autres et lorsque d’autres apprenaient comment faire une dissertation ou réussir un oral, moi je me renfermais et je me battais contre des peurs qui n’existaient seulement que dans ma tête.  J’ai compris quelles étaient ces peurs et ce qu’elles signifiaient un peu trop tard pour réagir rapidement et les éloigner de moi définitivement.

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Un voyage dans le temps.

Remontons le temps, environ huit ans en arrière, lorsque j’entamais ma dernière année de primaire. Lorsque nous sommes en cm2, nous nous sentons les plus grands de l’école et nous en sommes très fiers, je pense d’ailleurs que certains élèves se sentaient trop fiers et trop supérieurs. Je me suis demandée comment des enfants d’à peine dix ans pouvaient avoir autant de mauvais mots en eux? Comment une fillette du même âge pouvait avoir autant de mauvaises pensées en elle? Nous avons tous déjà critiqué une personne, qui nous était ou non inconnue, car son style ou sa manière de se comporter nous déplaisait. J’avoue l’avoir aussi fait, je suis humaine. Mais je ne l’ai jamais fait méchamment et toujours en silence. J’aurais aimé que  tout le monde en fasse de même car on se fera toujours critiquer, moi, toi, nous, qu’importe comment on est et qui on est. Mais lorsque les langues se dénouent et que ça devient verbal, ça peut blesser énormément, même le plus fort d’entre nous. J’ai été insulter, critiquer, rabaisser pendant une année entière. Je n’ai jamais exactement su pourquoi car j’étais une bonne élève et je m’entendais bien avec tout le monde, je ne faisais pas d’histoires et j’étais presque invisible mais ça ne m’a pas empêché d’être le souffre douleur de mes camarades. Peut-être étais-je trop timide, trop discrète, peut-être que je parlais trop peu et que je me laissais trop faire. Ce qui est sur, c’est que jamais je n’aurais imaginé que cette histoire prenne tant d’ampleur. Ça a commencé comme tout autres gamineries banales, comme les adultes les surnomment. On pense que ce n’est rien, que ça passera et que ce ne sont que des histoires d’enfants. Mais les enfants ne sont pas toujours bons, et ne sont pas tous gentils et respectueux. Ça arrête d’être de simples histoires de gamins lorsqu’on s’aperçoit que le souffre douleur passe toutes ses récréations seul, assis sur un banc à attendre que le temps passent, que les heures de cours s’écoulent afin de vite rentrer chez lui en pleurs, criant de ne plus vouloir retourner à l’école. Seulement dans notre pays, l’école est obligatoire et j’y suis donc allée, tous les jours j’ai bravé ces mots, ces rires, ces index pointer vers moi. Chaque jour, sans répit, dés que la maîtresse avait le dos tourner. C’était infernal. Je me souviens même avoir un jour reçut des coups de compas. Je me sens d’un autre côté chanceuse que ce ne soit pas aller plus loin et heureusement pour moi, mon calvaire aller vite se finir car je rentrais au collège. Comment ai-je pu croire que les choses se seraient arrangée aussi rapidement.

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Une nouvelle vie.

Je me souviens de mon premier jour au collège, c’est un jour inoubliable tant on l’a attendu, imaginer et appréhender. Je me revois, montant sur une chaise de ma cuisine pour attraper un bol et laissant couler une larme aussitôt essuyer par ma mère. L’appréhension, la peur de la nouveauté, et peut-être aussi un peu la peur des gens. J’ai pris seule le car ce jour-là, le collège se situer à quelques kilomètres de chez moi et j’étais très vite devant l’immense portail qui me séparait seulement de quelques mètres de ma nouvelle vie de collégienne. Aucun des nouveaux élèves autour de moi n’oser entrer, ils semblaient tout aussi apeurer comme moi et pourtant j’ai été la première à y aller, et tout le monde à suivi. Je me souviens que les premiers mois s’étaient bien passé, je m’étais très vite adaptée à cette nouvelle vie de collégien et à ces nombreux professeurs et devoirs. J’étais si loin de l’enfer vécu quelques mois avant, je me sentais dorénavant bien et je m’étais fait très vite un groupe d’amies.

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Désillusion.

Quelques mois avaient passé dans l’enceinte du collège, tout aller bien cependant je commençais à développer des angoisses que j’avais du mal à gérer. Souvent lorsque j’arrivais au collège, j’apprenais qu’une ambulance était venu pour chercher une fille qui avait fait une crise d’épilepsie, une autre s’était brisée les cervicales en gym et d’autres encore avaient vomi en classe. Très vite, j’ai commencé à avoir peur qu’une telle chose m’arrive au sein de l’établissement, j’avais peur d’être malade ou qu’il m’arrive quelque chose de grave, je n’avais pas d’idées précises mais j’avais juste peur d’être mal. Cette peur s’est beaucoup trop amplifiée avec les événements qui ont suivi. Lorsque nous avons un groupe d’amis, nous sommes rarement en nombre pair et souvent en désaccord et qu’importe ce que l’on fasse, il y aura toujours une personne qui sera souvent rejetée pour je ne sais quelle raison mais c’est comme ça. Cette personne, c’était moi et avant que je m’en rende compte, je m’étais retrouvée seule, avec mes peurs et ce que j’avais toujours redouté de revivre à nouveau, les mauvais enfants et leurs mauvais mots.

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Une descente aux enfers.

Le fait de me retrouver seule à nouveau était très difficile à vivre et cette fois l’établissement était si grand et me faisait ressentir ce stress permanent. Pour ne pas empirer la situation, il a fallu que je vois des spécialistes et on m’a orienté vers une thérapie de groupe. Chaque mercredi, à midi, un taxi venait me chercher à la sortie du collège pour aller là où se situer ma thérapie. J’avoue que ça ne m’a jamais vraiment aidé, j’avais de réels problèmes et tout ce qu’on faisait, c’était tenter d’effacer notre timidité en imaginant de courte pièce de théâtre et en les jouant. Très vite, le stress était devenu trop insurmontable et je ne pouvais plus me rendre ni à la thérapie, ni au collège. J’ai alors commencé à m’absenter un jour, puis deux, puis une semaine.. Je me souviens très bien de ces moments là où la simple idée d’aller à l’école me faisait peur et me rendait la vie impossible. Je me revois encore un matin sur le chemin de l’arrêt de car, piétinant pour essayer de gagner quelques minutes. Plus j’avançais et plus ma gorge se resserrait, ma respiration devenait difficile à reprendre et mes mains devenaient moites. Mon coeur s’accélérait et mes pensées n’étaient plus très claires. J’avançais encore un peu jusqu’à l’arrêt et lorsque je voyais le car arriver, je fuyais et j’aller me cacher derrière des buissons car j’avais trop honte de ne pas réussir à y monter. Ensuite, je rentrais très vite chez moi en sachant très bien que ma mère aller se demander qu’est-ce que je faisais là. L’excuse du sac oublié ou du car raté ne fonctionna pas bien longtemps. Chaque fois que je rentrais, j’avais ce sentiment de honte qui me prenait, j’avais honte de ce que je faisais, de qui j’étais et de ce que mes parents aller penser. Il n’y avait pas que les matins que j’essayais d’échapper au collège; parfois j’y allais et dans l’après-midi je m’inventais des maux de ventre imaginaires pour pouvoir aller à l’infirmerie car mes pensées me tourmentaient trop et l’angoisse montée. Mon médecin a très vite mis un mot sur ce qu’il m’arrivait, j’ignorais qu’une telle chose puisse exister.

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Une phobie pas comme les autres.

"Tu souffres de phobie scolaire". Je pense qu’à aucun moment de notre vie nous imaginons pouvoir souffrir d’une phobie liée à l’école. Avoir peur d’une chose était inimaginable pour moi, alors avoir peur d’une chose en rapport avec l’école était irréaliste et difficile à accepter. Il n’y a pas vraiment de cause à cette phobie, certains spécialistes diront que l’enfant a du mal à se détacher de sa mère, d’autres diront que ça n’existe pas et que ce n’est que de la comédie et moi je dis que ça m’est arriver car j’ai eu trop de problèmes en même temps. Ce que je n’ai jamais compris c’est pourquoi ça m’est arrivé à moi, une fille sans problème avec de bons bulletins scolaires. Il y a eu un moment où je ne pouvais plus du tout aller au collège. Chaque matin pourtant, je me préparais pour aller au collège et plus je voyais l’heure avancer, plus j’angoisser et plus je me bloquais. Je ne prenais plus le car, ma grand-mère s’était dévouée pour m’y emmener et dès qu’elle arrivait, je ne pouvais plus bouger, je m’éffondrais devant la porte d’entrée, en pleurant et en tremblant. Ces moments n’ont pas été les plus facile de ma vie car à l’heure où les jeunes adolescents de mon âge apprenaient à se construire, moi je commençais à me détruire. Ce calvaire a duré quelque temps jusqu’à ce que je ne prenne plus la peine de me préparer car je savais que je ne pourrais pas y aller. Beaucoup disaient que je ne voulais pas, je leur répondais que je ne pouvais pas. J’étais incomprise et tout le monde était désormais au courant de ce qu’il m’était arrivé.

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Cyberbullying.

Je n’ai jamais su comment mes camarades avaient été mis au courant de ma phobie. Bien sûr certains professeurs ont tenté de leur expliquer et d’autres n’ont pas hésité à me rabaisser. Bientôt, tout le collège était au courant non pas de ce que j’avais vraiment mais des innombrables rumeurs qui circulaient sur moi. J’ai fais l’erreur, comme beaucoup je pense, de m’inscrire sur les réseaux sociaux. Lorsque ces réseaux sont apparus dans ma vie, ça a été un vrai changement, une nouveauté donc on avait tous besoin mais lorsque ces réseaux se sont retourné contre moi, j’ai très vite regretté d’y avoir eu accès. Je pensais qu’en étant plus dans l’enceinte du collège, plus personne ne pouvait m’importuner. Seulement ils ont trouvé un moyen plus simple et plus rapide pour m’atteindre. C’était des insultes par dizaines que je recevais sur un célèbre tchat, de nombreux messages privés d’inconnus que je n’avais jamais vu que je lisais sur un réseau d’échange. J’ai fais l’erreur de ne pas supprimer mes comptes et de répondre à ces messages. Ça a été très douloureux de recevoir autant d’insultes et de menaces. Ce n’était peut-être que virtuel mais ces personnes je les avais déjà vu et je les voyais parfois quand j’aller me promener en ville. On me répéter sans cesse que je jouais de la comédie, que j’avais simplement la flemme d’aller au collège et que je n’étais qu’une idiote et tout un tas d’autres mots péjoratifs. Je ne comprenais pas ce qu’il m’arrivait, je ne comprenais pas pourquoi ils m’en voulaient et je ne comprenais pas pourquoi personne n’arrivait à comprendre ce que je vivais. Mon sourire d’enfant heureuse s’était très vite ternis pour devenir inexistant. Je n’ai jamais su retrouver ce sourire perdu trop rapidement.

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De la phobie scolaire à l’emetophobie.

Les mois passaient, les insultes se calmaient peu à peu sur les réseaux sociaux mais pas dans la vraie vie. Certains m’attendaient à la sortie des magasins dans lesquels ils me voyaient pour m’insulter, d’autres riaient sur mon passage et beaucoup me regarder comme si j’étais différente, comme si je ne méritais pas de vivre sur la même planète qu’eux. Pendant que j’essayais de comprendre cette nouvelle peur qui faisait maintenant partie de ma vie, une nouvelle que j’aurais jugée d’absolument idiote si je ne l’avais pas eu s’était installée sans prévenir. J’avais peur de vomir. Ça m’horrifiais,me torturer l’esprit. Les mauvais souvenirs d’une nuit d’indigestion et ce stress et ces regards permanent avaient sans doute provoqué cette nouvelle anxiété. Tout ça en même temps avait créé une énorme boule de stress et je développais par la même occasion une phobie sociale et une agoraphobie.

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Une boucle infinie.

J’ai naturellement redoublé ma sixième, étant donné que je n’y été rester que quelques mois. J’avais vécu l’enfer mais j’avais décidé de retourner dans le même collège. J’avais réussi mon année avec, certes, quelques absences mais j’avais retrouvé des amies et je me sentais à nouveau bien. J’avais laissé loin derrière moi ce stress et ces peurs qui m’avaient gâché une année. J’avais réussi mon passage en cinquième, tout n’était plus qu’un mauvais souvenir, un cauchemar que je ne revivrais pas d’aussitôt. C’est ce que je pensais sur le moment. L’histoire semblait vouloir se répéter puisque très vite et sans m’en apercevoir, mes absences se multipliaient et mes amies me laisser une à une tomber. J’ai toujours pensé qu’elles l’avaient fait car j’avais un peu plus de caractères qu’elles et que je rivalisais avec une autre personne du groupe qui avait le même tempérament. Ça ne plaisait pas et certaines ont tout fait pour me voir tomber, allant même jusqu’à raconter des mensonges à d’autres personnes pour que je me fasse détester. Sans avoir eu le temps d’essayer de calmer la situation, je me retrouvais une nouvelle fois envahie de stress avec cette envie de ne plus jamais remettre un pied à l’école. Ce ‘voeu’ aller se réaliser car bientôt je ne pouvais plus sortir de chez moi. Un véritable enfer qui n’est toujours pas terminé six ans après commencer tout juste. 

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Passer la douleur la vie devient bien plus belle.

Je ne me souviens plus très bien des mois qui ont suivi, mais plutôt de l’année qui avait suivi. J’étais devenue émétophobe avec ma peur de vomir et agoraphobe, avec ma peur des gens et ma peur d’être mal en dehors de chez moi. Chaque fois que je sortais, j’avais cette affreuse peur de mourir, d’avoir quelques choses de grave, d’avoir un accident quelconque. Pendant une année entière je suis pratiquement resté tous les jours chez moi, et chaque matin au lieu d’aller au collège, je me reveillais très tard et je passais le reste de mon temps à regarder la télé, en me renfermant de plus en plus dans ma bulle car personne ne voyait à quel point je souffrais. Cette année-là, j’aurais dû commencer à étudier seule chez moi grâce aux cours par correspondance mais je ne pouvais pas sortir pour obtenir un certificat qui m’aurait aider pour prouver mon état alors je n’y ai pas eu le droit. Bien sur, ça n’a pas été sans conséquence, nous ne sommes pas libres de faire ce que nous voulons tant que nous n’avons pas seize ans, et j’en avais à peine quatorze. Suite à cette année cauchemardesque, j’ai eu un déclic, le déclic qu’il me manquait pour vouloir enfin m’en sortir. Au même moment, j’ai rencontré par internet une amie, une vraie, qui allait être la première à m’aider, à me soutenir et à croire en moi pendant de nombreuses années. J’ai tout fait pour pouvoir à nouveau sortir de chez moi comme une personne normale et pouvoir enfin obtenir un certificat qui me permettrait enfin d’étudier. J’essayais de sortir en me fixant des objectifs de plus en plus importants, j’avançais étape par étape. J’étais sur la voie de la guérison, même si tout n’était pas au mieux dans ma vie et que je commençais à me sentir très seule. Le jour où j’ai obtenu ce fameux certificat, nous étions un premier avril, je m’en souviens très bien car j’étais tellement heureuse d’avoir ce petit bout de papier que j’avais fait croire à mon entourage que je n’avais pas pu l’obtenir. Une nouvelle vie plus sereine aller enfin s’ouvrir à moi. Et je l’attendais impatiemment.

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